Évaluer cet élément
(2 Votes)

COSMOPHANIE

« Tout ce qui apparaît est déjà là »
 
Pour la psychanalyse existentielle et la daseinsanalyse, il n’y a pas d’inconscient. Il y a, depuis le lieu (Da) de l’existence, ce qui peut apparaître ou/et ce que l’individu laisse apparaître. Il y a une pluralité de possibles à condition de sortir des déterminations causales dans lesquelles, le sujet s’imagine exister. Ici, en cabinet de consultation, le travail phénoménologique est la voie royale pour que l’individu s’ouvre aux ‘signes’ qu’il se « cachait » à lui-même.
 
Du côté de l’hypnose, l’inconscient ne serait qu’un opérateur métonymique. Dans un article intitulé L'inconscient existe-t-il ? (Les opérateurs métonymiques) de Thierry Melchior, on peut lire : Dans la pratique de l’hypnose, « Ce n'est plus l'individu qui répond, mais " son inconscient " ou son " moi profond " ou un de ses " états du moi " (Ego state). De la sorte l'individu va pouvoir se permettre de ressentir, d'imaginer, de se souvenir, d'évaluer, de choisir, de décider, beaucoup plus librement que s'il devait en porter directement la responsabilité. L'utilisation des sujets métonymiques s'inscrit ainsi dans la stratégie de déresponsabilisation transitoire opérée par l'hypnose ».
 
Réflexion très intéressante et brillante qui peut pousser malheureusement à des dérives quand le praticien suggère ce que l’inconscient peut « organiser, trouver… » pour son sujet. L’utilisation de l’opérateur métonymique (l’inconscient) doit passer nécessairement par une introspection maïeutique et non suggestive.
 
 
Ainsi, c’est plutôt dans la lignée de pensée de Gottfried Wilhelm Leibniz et des petites perceptions - Préface de Nouveaux Essais sur l'entendement humain qu’il pourrait être bon de s’orienter.
 
 
Selon Leibniz la perception est immédiate, spontanée et non consciente ; au contraire de l'aperception qui intervient quand la conscience prend conscience de ce qu’elle n’entendait pas, ne voyait pas. L’aperception ouvre à la conscience ce qui a été « découvert ».
 
Ainsi, par exemple, si on va à la mer, on perçoit sans se rendre compte consciemment. A première écoute, à première vue, peu de choses d’abord. Au début un bruit uniforme sans grandes particularités sonores, une grande étendue d’eau plus ou moins en mouvement puis si on prête attention (en état différent de conscience) on peut identifier le bruit plus précis des vagues, puis les bruits plus nombreux et infiniment petits des vaguelettes mais aussi plus précisément, le moment où se forme l’écume que composent ces vagues. On prend conscience, selon Leibniz, de ce qui d’abord était non conscient (c'est l'aperception).
 
Une ouverture à tout ce qui est possible de percevoir. Mais attention le réel n’est pas réductible à la réalité de l’être humain.
 
Il pourrait apparaître contradictoire de mettre le terme perceptude de François Roustang (emprunté à Jean-Louis Lamande) dans le voisinage de Leibniz car pour Leibniz, il y a apperception quand l’individu conscientise ce qui n’était pas conscient et pour François Roustang il y a perceptude dans cet état de conscience élargie (sans intervention de l’intellect ou des émotions) soit un état de perception qui est « continuité de l’Être et prise en compte de tous nos liens avec le monde ».
 
Mais le résultat est le même, cet état de perceptude à ouvert, aussi, à tout ce qui est possible de percevoir (possible à la mesure de l’homme) et donc au final il y a conscience ; moyen thérapeutique pour sortir de l’auto-illusion de nombreuses émotions et narrations que l’être humain se fait de lui-même.
 
Pour François Roustang, c’est par le corps principalement qu’une personne trouve(ra) son équilibre, en elle-même et dans ce monde. Il suffit d’un geste, il suffit de se placer là dans le « il y a » du monde ». C’est en passant par ce détour, par cette vacance des émotions et de l’intellect, c’est en revenant au corps témoin vivant de l’être-au-monde. En d’autres termes, un mode d’appartenance profond au monde quand appartenir n’est pas faire partie d’un tout mais « y être » ou plus juste encore « Etre » comme synonyme du monde. (Voir l’ouvrage de Renaud Barbaras, L’appartenance vers une cosmologie phénoménologique).
 
 
« Ce n’est pas parce que nous avons un corps que nous appartenons au monde mais dans la mesure où nous appartenons au monde que nous avons un corps ».
 
Nathalie Roudil, le 27 aout 2022
Lu 70 fois