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L’hypnose ou comment travailler avec l’intelligence de la personne


"L'écriture est la projection
énigmatique du corps..."
Roland Barthes

Être et lettre

 

L’hétéronomie, l’emprise du « on », les comportements destructeurs, les croyances « dysfonctionnantes », les conflits intérieurs, les difficultés d’adaptation au monde..., limitent l’esprit (l’être) et cristallisent la personne dans une grille de lecture très figée. Les pensées, ses comportements sont pris dans les rets d’un filet qui semblent si serrés que toute obstination d’échappée resserre un peu plus encore ses mailles. Les tentatives de solution semblent épuisées et les chemins sont des impasses.

"Tant que l'on est à la recherche des moyens et de la meilleure façon de les mettre en œuvre, on est à distance et on accentue même cette distance. On reste enfermé dans un cercle vicieux, incapable de s'en extraire. Tous les efforts que l'on fait nous y confinent un peu plus, car ils soulignent notre éloignement". François Roustang.

Qu’est-ce à dire ? La conscience serait-elle enchaînée par ses propres représentations ? Le thérapeute hypnotiste devrait-il faire fi du cercle vicieux des manœuvres et des raisonnements dans lesquels tourne la personne comme une mouche emprisonnée dans une bouteille pourtant ouverte quelque part ?

Quand on rencontre l’hypnose pour la première fois on pourrait être tenté de croire que proférer des injonctions et utiliser des suggestions suffit à faire rentrer une personne en hypnose et la faire changer. Déshumaniser et « mécaniciser » l’être humain par une hypnose faite de suggestions absurdes et aberrantes en revient à manipuler l’homme et lui inflige des suggestions marchandes tout comme le procède la « télémorphose » des suggestions publicitaires. Un discours vide de sens qui dépossède la personne de son intelligence, qui la jette hors de sa capacité à penser ou qui manipule son « pouvoir-être », est un discours aliénant.

Pourquoi l’hypnothérapeute devrait-il continuer à dédaigner la pensée consciente et travailler seulement avec « l’inconscient » comme certains « hypnotiseurs » le recommandent ?

Comment réaliser le bon geste et sa représentation à 180° pour sortir de la bouteille ? Comment accompagner la personne à sortir des impasses ?

La pratique de l’hypnose ne devrait pas se réduire à l’exploitation de la suggestibilité. Elle est plutôt la mise en œuvre de la capacité à rentrer dans un état de conscience, un état d’esprit idoine au projet de la personne. Elle permet une dialectique ascendante de la réflexion et une prodigieuse activité du cerveau à réaliser quelque chose de « fabuleux ». Aborder un état de conscience cohérent au projet thérapeutique ou d’évolution ne se rencontre que dans le déjà-là de la personne. En résonnance avec Roland Barthes, nous proposons de mobiliser l’écriture et la parole comme lieux de projections énigmatiques du corps. Suffit-il d’entendre et de se réapproprier comme dans la poésie hermétique ce qui est présent par l’ombre de son absence.

Dialectique et hypnose …

 

C’est dans la dialectique de l’esprit « conscient/inconscient » dans l’écho des lettres et des mots qu’il y a à entendre et à percevoir une mise en œuvre du pouvoir-être. Ici l’hypnose sert de levier à la pensée qui vient de rencontrer l’altérité ; elle fait vivre, ressentir dans la vacance de la conscience les possibles du sujet. Le travail n’est pas une plongée dans le fleuve Léthé ou plus précisément un choix entre l’urne et la coupe de l’oubli, il accompagne l’intention et le projet qui épousent le relief et les anfractuosités de l’esprit pour y trouver la meilleure place ou représentation du monde.

Un dialogue socratique, en liminaire de la séance inductive d’hypnose, démasquera les faux savoirs, ne se contentera pas de la vraisemblance, dénoncera l’apparence abusive du vrai, laissera derrière soi l’accidentel et le particulier pour élever à d’autres questions ou intuitions.

En effet, quand l’espace est saturé par tous les gestes et les dires, quand on rencontre ses paradoxes on perçoit l’Autre perspective.

L’hypno-philosophe ne se sert plus d’une discipline mais il l’expérimente avec le consultant au cœur de la pratique, le dialogue entre position, opposition, dé-composition pour un regard inédit ou rencontre d’une alethéia.

Le paysage s’est étendu, il se présente maintenant comme un panorama. La pratique de l’hypnologue est donc une mise en œuvre existentielle. L’état de transe facilite le mouvement de déplacement ; Il convertit la thèse sort de l’antithèse et fait rencontrer la synthèse. L’esprit pense autre dans un état de conscience différent. Un mouvement se crée à l’infini dans la synthèse et il lui revient sa capacité première à s’adapter dans le devenir. Il n’y a plus de « je » mais du jeu entre les pensées.

Les fragments des croyances « dysfonctionnantes » se désagrègent, s’éloignent au profit du mouvement et du jeu des potentialités ; l’esprit n’est plus dissocié du geste, il est devenu corps de lettre, fabuleux, complexe, mystérieux, esprit des commencements et des fins, des choix, des clés et des portes.

Au commencement… Archè et hypnose

 

Dans ce mouvement au creux de l’être, dans cette capacité première de la résilience qui se « ré-anime » et se prolonge dans chaque assemblage de l’existence ; l’analogie du philosophe Giorgio Agamben à propos du devenir homme et du big bang origine qui s’origine en permanence « force qui continue d'agir dans le présent » et continue de propager son rayonnement fossile, sert d’exemple type pour l’humanité. Le devenir homme de l'animal (l'anthropogenèse), c'est événement que l'on suppose avoir eu lieu nécessairement et qui ne s’est pas arrêté une fois pour toutes : l'homme est toujours en train de devenir humain.

Ici, considérant le devenir, la transformation, l’hypnose ne serait plus seulement une pratique ; vu sous cet angle elle correspondrait bien plus à l’ouverture de cette capacité de changement et d’évolution. Les différents états de conscience que nous expérimentons tout au long de notre journée et existence nous renseignent sur nos potentiels et nos capacités ; les plus prodigieux se rencontrent dans la fulgurance d’un hapax existentiel, dans la découverte d’une pensée scientifique inédite, lors d’une analgésie spontanée, etc.
Le changement d’état de conscience accompagné par le praticien ne relève plus alors d’une discipline académique mais bien plus d’une façon de rencontrer un événement qui dévoile un avènement et il ne cesse de se produire dans le rayonnement fossile de ce big bang du « moi ».

Hypnose d’hier et d’aujourd’hui… Le langage ouvre le monde de l’Etre

 

Le rayonnement du devenir est-il choisi par le destin ou bien se choisit-il dans les possibles à disposition ? Qu’en est-il de la subjectivité des possibles ? Qu’en est-il du langage dont la voix est celle d’une géographie et d’un siècle ? « Tout jugement, dans la mesure où il est jugement, est l'expression d'une subjectivité qui opère un découpage arbitraire dans le réel, en sorte que nous ne recevons de la réalité que ce que nous y avons-nous-mêmes déposé ». Dans le Tchouang Tseu de Jean-François Billeter, Le sage ne condamne pas le langage, il demande seulement qu'on ne soit pas dupe de ses catégories. Mais le langage demeure le seul moyen de communiquer parmi les hommes et peut favoriser des actes thérapeutiques seulement s’il entre en intonation avec l’être. Le langage ouvre le monde de l’Etre.

Le rôle du praticien est d’entretenir alors un rapport juste avec le langage ; il ne succombe pas au prestige des mots et la suggestion de spectacle n’a pas sa place, ici !. La parole qui se donne est une parole qui accompagne à dévoiler. Elle permet que surgisse de l’ombre le déjà-là pour illuminer la dimension du patient. Pour le Tchouang Tseu de Jean François Billeter, s'il n'y a pas de « choses » en soi, s'il n'y a de « choses » que par l'effet du langage, alors le langage remplit une fonction capitale : c'est lui qui crée le semblant de réalité organisée dont nous avons besoin pour nous entendre et coopérer à nous-même et au monde.

Préconisation : Hypnose, thérapie, « transpossibilité »

« Il y a autant de théories, psychologiques, psychiatriques, psychopathologiques que d’interprétations de l’homme, dont une seul est vraie, celle qui n’est pas une interprétation : celle qui ouvre pour comprendre l’existence les mêmes voies que l’homme pour exister. » Henry Maldiney

C’est sans doute sous l’effet d’un excès de positivisme, conjoint à l‘impossibilité anxiogène de faire entrer l’hypnose sous le joug d’une théorisation rassurante, que celle-ci s’est vu arbitrairement reléguée au rang de technique sans autre destination que de conduire des personnes dans un état second. Si quelques tours de passepasses peuvent faire illusion et apporter des contours intellectuels rassurant à la prétendue définition de l’hypnose, il en va pourtant autrement de l’hypnothérapie, dont la puissance réside précisément dans la plasticité posturale qu’elle réclame et qu’il est impossible de traduire en équation.

L’hypnose se définit non par des méthodes toutes faites, mais par l’adaptation permanente de règles communicationnelles dans la perspective d’amener à un « accouchement » existentiel.

Socrate serait-il condamné aujourd’hui pour exercice illégal de la médecine ? Le thérapeute θεραπευτής (therapeutếs : serviteur ; celui qui prend soin de quelqu’un) ou maïeuticien (de maieutikê, μαιευτική, art de l'accouchement) faisait, disait-il, « accoucher l'esprit » afin que se délitent les opinions et se découvrent des vérités. « L'accoucheur spirituel n'apporte, ne transmet rien à l'âme qu'il éveille. Il la laisse nue en face d'elle même. » (Michelin Sauvage - Socrate et la conscience de l'homme - édition Albin Michel – 1962)

Dans le cadre de l’accompagnement que nous proposons, le terme « thérapeutique » prend son sens depuis son acception étymologique en considérant que le thérapeute est un (serviteur) accompagnateur qui prend soin de quelqu’un en l’amenant à reconquérir par lui-même ses réponses et son équilibre de vie. Ici nous nous adressons à toute personne qui souhaite, par le suivi thérapeutique, améliorer son existence ou se former aux processus de l’accompagnement existentiel.

En ce qui concerne l’hypnose plus spécifiquement nous préconisons que pour passer d’un état de conscience à un autre et tout particulièrement pour l’accompagner, il est plus facile de considérer le processus par étapes et stratégies. Voici pour exemple le processus très pertinent proposé par Jean-Marc Benahaiem et François Roustang (L’hypnose ou les portes de la guérison, Dr Jean-Marc Benhaiem avec François Roustang, Odile Jacob, octobre 2012)

Phase 1. Le patient arrive focalisé, immobilisé dans sa vie par un symptôme.

Phase 2. La première étape de l’hypnose consiste à le défocaliser en l’amenant à quitter cette perception restreinte, sa perception ordinaire par des exercices d’induction. Dans ces exercices, il lui est proposé de focaliser son attention sur une perception qui peut être au choix ou successivement une image, un son, un mouvement… Le patient commence à faire abstraction de toutes les autres perceptions. C’est cette centration sur une perception à la fois qui permet le passage vers la dissociation.

Phase 3. C’est la phase de la dissociation, mais de quoi faut-il se dissocier et dans quel but ? Nous nous dissocions de la perception du quotidien qui est mise de côté pour entrer dans un autre type de perception, que François Roustang nomme la « perceptude » : c’est une phase où l’individu perd pied pour perdre ses certitudes afin de changer.

Phase 4 : Cette phase est celle de la perceptude, le mouvement, la souplesse, l’ouverture. Après avoir pris le risque de perdre le contrôle, le patient entre dans une perception sensorielle plus fine.

Notre institut n’est pas un institut de formation in extenso pour les professions de santé et ne souhaite en aucun cas se substituer aux institutions spécialisés dans ce domaine. Il propose seulement, sous la tutelle d’intervenants diplômés des modules de base ou complémentaires pour les praticiens de santé.

Ce que nous souhaitons apporter, avant tout, au monde de l’accompagnement et de l’hypnose est une visée transdisciplinaire et interculturelle, nous souhaitons en effet nous positionner dans l’univers interculturel des sciences humaines (philosophie, sociologie, pédagogie, psychologie, sciences neurocognitives, ethnologie, anthropologie, art, poétique…).

Considérant fondamentalement que l’hypnose est un état différent de conscience, l’hypnothérapie ne serait-elle pas la voie royale pour accompagner la personne dans cet état différent de conscience et en conséquence vers un état d’esprit plus idoine à son existence ? L’hypnothérapie, telle que nous l’entendons et la proférons, relève de cette vision maïeutique et « philosophique », l’hypnothérapie ne soigne pas directement, elle ne fait qu’offrir aux personnes la possibilité d’un retour au pouvoir-être.

Bien sûr, il ne s’agit pas, de nier les réalités psychosomatiques et nous ne sommes pas sans savoir que l’efficacité de l’hypnothérapie dans ce domaine est impressionnante. Les conséquences liées au travail maïeutique conscient et inconscient pourraient laisser penser que l’hypnose « guérit » au sens médical du terme. Il permet d’accompagner le consultant vers « lui-même », et si ce retour à soi au plus près de son « être-là » fait se délivrer l’origine psychique d’une occurrence somatique, si ce mouvement fait sortir du cycle symptomatique ce qui s’était cristallisé, si celui-ci se dissout tout simplement comme un effet « indirect » de la « réappropriation de soi », alors c’est que les effets de l’esprit sur le corps humain sont à l’œuvre.

Aujourd’hui, pouvons-nous utiliser le terme hypnothérapie si nous ne sommes pas médecins ni psychothérapeutes ? Le mot thérapie devrait-il être remplacé par un autre eu égard à l’utilisation contemporaine et du sens que l’on donne à ce mot ? Peut-être vaudrait-il mieux parler d’hypnose existentielle ou d’hypnose ontologique ou encore comme Oscar Brenifier, tel un Socrate de ce siècle qui propose de la « consultation philosophique », proposer une « hypnose philosophique » ou une « hypnose maïeutique » ?

Si le Socrate de François Roustang un "Socrate sorcier" est capable de produire par la parole chez ses interlocuteurs un état de transe ; si le Tchouang Tseu de Jean-François Billeter, fondateur du taoïsme philosophique est capable en dramatisant ou métaphorisant la réalité de provoquer l’arrêt, le suspend de la conscience et enfin si ces hommes et ces femmes (thérapeutes, philosophes, coach, praticiens, etc.) ont la faculté d’accompagner au « surgissement du nouveau » ; celui qui se produit quand une transformation de notre vie est devenue nécessaire ou propice, c’est qu’il est alors possible que la pratique de l’hypnose se rencontre là où tout être humain travaille la rencontre avec lui-même et avec l’autre. Nous proposons alors d’accompagner dans cette même perspective toute personne qui souhaite accéder aux « transpossibles » d’elle-même.

« L’être-là s’expose à lui-même sous un autre horizon. Cet horizon n’est pas le côté tourné vers nous des choses. Il est l’horizon du hors d’attente d’où tout arrive, et tel qu’à l’exister nous nous arrivons nous-mêmes. » Henry Maldiney

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