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Ce qu’on ne nous dit pas sur l'HYPNOSE

Les hypnoses :la controverse des étatistes et des anti-étatistes

La controverse des étatistes et des anti-étatistes : plus d’un siècle de controverse avec comme figures de proue Hyppolyte Bernheim et Jean-Martin Charcot. Pour le premier l’hypnose serait seulement un processus de la suggestion et pour le deuxième un état. En somme le problème est le suivant : les étatistes pensent que l’hypnose est un état ; et pour certains comme Léon Chertok seulement dans l’hypnose profonde. Les étatistes invoquent pour preuve les réalités physiologiques, celles dans le cadre de la douleur et le regard sur les activités particulières du cerveau. Les anti-étatistes prônent la suggestibilité des sujets par l’utilisation de la dramatisation spectaculaire de protocoles. La communication verbale et non verbale, la relation et le contexte tout comme dans l’hypnose de spectacle seraient à considérer comme les seules clefs de réaction et de suggestibilité.
Fred Frankel, en parlant d’un ouvrage écrit par E. Rossi et M.O. Ryan « Life Reframing in Hypnosis » , note à propos de Milton Erickson qu’il considère thérapeute de génie : je ne suis pas toujours convaincu, cependant par les explications et les assertions dont beaucoup semblent simplistes, ni par les interprétations passe-partout des responsables de cette publication, qui veulent à tout prix justifier intellectuellement chaque remarque intuitive, spontanée et pas toujours compréhensible de leur maître. Qu’est-ce à dire sinon qu'édifier des doctrines, des protocoles et des explications sur le travail de Milton serait nier ses qualités ingénieuses et stratégiques dont la créativité, la spontanéité et l’adaptation singulière à chaque patient. Dans un article de E. Hilgard (1988) « Erickson y est présenté comme « un auteur dramatique qui bâtit une petite pièce pour chaque patient et conduit ensuite le patient à accepter le rôle qui lui a été assigné ».

qu'est-ce que l'hypnose ? :"No-theory theory of meaning" Une théorie de l'absence de théorie de la signification

On retrouve en sémantique un courant de pensée logique et linguistique appelé "no-theory theory of meaning" (une théorie de l'absence de théorie de la signification), expression qui signifie que certaines théories s’octroient le cadre de la science alors qu’elles n’en sont pas des objets significatifs de premier ordre.
J’aime la conclusion S. Lynn et J. Rhue dans Theories of Hypnosis - Current Models and Perspectives qui avec un réalisme très dérangeant posent trois questions auxquelles les 600 pages de recherches sur l’hypnose d’hier et d’aujourd’hui ne peuvent donner de réponse
"(1) L'hypnose est-il un état de conscience altéré ? (2) Le comportement hypnotique est-il involontaire ? (3) À quel degré l'hypnotisabilité est-elle stable, spécifique (trait-like) et modifiable ?"

Les étatistes pourraient être choqués par l’idée d’une attitude intrinsèquement humaine qui serait la suggestibilité, aptitude à l’hypnotisabilité. La force de l’argument et du verbe seraient-ils aussi puissamment ensorcelants ?
Et pourtant allons plus loin….
Et si l’état d’hypnose n’était pas un état modifié de conscience ou état de conscience altéré comme l’annonce François Roustang mais tout simplement un autre état parmi les états différents de conscience ? L’inconscient n’existe pas. Seuls les multiples états de conscience amènent à vivre des différences. Alors parler d’un état de conscience altéré ou modifié serait a priori le situer sur une échelle ou une valeur quantitative, alors que plusieurs états de conscience traversent notre quotidien jusqu’à entretenir avec la réalité des vécus mystérieux et impressionnants. Les oscillations mentales sont inhérentes à l’être humain.

Le comportement hypnotique est-il involontaire ?

La question devient le sujet de difficultés accrues durant les formations en hypnose ericksonienne. Certains prônent que l’hypnose est de l’autohypnose tout en considérant que les suggestions des thérapeutes sont les parangons de l’hypnose. D’autres se penchent plus encore plus sur le phénomène de la suggestibilité sans l’avouer directement. De là de nombreux étudiants et stagiaires se demandent pourquoi ils ne rentrent pas sous hypnose malgré les qualités et la réputation de l’hypnotiseur. Combien de fois ais-je entendu les doutes et les inquiétudes d’étudiant écartelés par des injonctions à double contrainte. Une dame proche d’un praticien reconnu comme brillant me disait qu’elle avait préféré feindre plutôt que d’avouer qu’elle ne rentrait pas sous hypnose … Et le « brillant » hypnotiseur de rajouter ici et là que la feinte est impossible durant une séance d’hypnose ! « On m’a dit- me dit-elle - que ceux qui ne rentrent pas sous hypnose n’ont pas d’imagination ! ». Les doubles contraintes sont pléthore…, pour ceux qui cherchent à mystifier.
Dans ce cadre des inductions et des protocoles « pnlistes » deviendraient les clefs de la mise sous hypnose avec une bonne louche de relation manipulatoire telle que le bon commercial l’apprend. Ici le volontaire ou l’involontaire s’entremêlent les pinceaux…

Hypnose aporétique, « rentrer dans l’existence du non-savoir »

Que faire alors si ce n’est prendre en considération ces éléments et en faire non plus une série de « bonnes » inductions et protocoles bien menés par un hypnotiseur excellent comédien mais plutôt aborder un accompagnement intelligent qui amène la personne à trouver par elle-même la particularité d’un état de conscience dans lequel elle pourra puiser ses solutions et ressources. Particularité si on va plus loin dans l’expérience du non-savoir que Socrate revendique. Le non savoir n’est pas une absence de savoir mais dit François Roustang « l’expérience d’une incapacité à s’appuyer sur une certitude. Ne rien savoir, c’est ne rien pouvoir, au sens de ne pas pouvoir s’attribuer quelque chose dont on serait l’origine. Mais à quoi peut servir un dialogue qui jette le trouble et n’aboutit à aucune conclusion ? Précisément à n’aboutir à rien, à faire l’expérience du non-savoir, que Socrate revendique comme marque de fabrique. Le non-savoir n’est pas absence de savoir ; c’est l’expérience (…) La démarche socratique ne produit ni thèse ni doctrine. Elle ne conduit pas à l’introduction d’une morale.
La question n’est plus de savoir si ce que je fais est conforme ou non à une norme, mais à trouver une position d’équilibre dans l’existence. « Ne faites pas de la philosophie un métier ou une théorie, disait Wittgenstein à ses disciples, entrez dans l’existence. »
« Cela est bien plus exigeant que de se soumettre à une règle morale. Il faut répondre de la question : est-ce que ma vie sonne juste ou faux, au sens musical ? »

Si l'on analyse les suggestions exemplaires des « hypnotiseurs de rue », on s'aperçoit alors qu'elles intègrent toutes les situations spectaculaires déjà connues par la conscience. L’analgésie n’a-elle pas déjà été vécue selon les situations ? Les références personnelles du sujet sont ici bienvenues, elles servent d’appui au phénomène. Et je rajouterai que pour que ces références soient accompagnées d’un processus d’ouverture d’esprit et de changement, il est impératif de rentrer dans la logique des de l’intelligence de la personne. L’hapax existentiel ne peut pas advenir en écoutant un discours manipulatoire mais en réécoutant, par l’intermédiaire d’un guide praticien, soi-même dans ses plus profondes introspections.

En conclusion, je soutiendrai que l’hypnose n’est pas assimilable à la PNL, ni a des théories, et non plus à des suggestions manipulatoires au sens volontairement puéril et creux mais dans un dialogue maïeutique dont la puissance des mots emporte à la confusion des certitudes et au retour « de ce qui sonne juste ». Les guerres entre les étatistes et les non-étatistes peuvent nous permettre de réfléchir sur notre pratique et dans une dialectique ascendante nous porter à dépasser les controverses pour trouver une relation de génie, comme Milton Erickson et François Roustang, qui emportent nos patients à changer d’état de conscience pour changer.

Nathalie ROUDIL et Axel KAROL

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2 Commentaires | Ajouter le votre
  • Claude RAPPAPORT

    Bonjour,

    je trouve cet article très intéressant et je peux vous donner mon avis de praticien, puisque je suis Hypnothérapeute :

    Pour moi, les protocoles et les mots ne sont pas si importants en ce sens qu'ils ne sont que le moyen d'établir une Transe Hypnotique, ce n'est pas une fin en soi ( sauf pour l'hypnose de music-hall) mais une manière d'établir un dialogue ou plutôt un échange entre patient et thérapeute.

    L'Etat Modifié de Conscience qu'est la transe hypnotique n'est que le "territoire" sur lequel va pouvoir s'établir le travail du thérapeute. il va y avoir des thérapeutes plus ou moins respectueux de ce territoire : certains vont forcer les modifications, d'autres feront en sorte de les proposer, d'accompagner ( d'où l'expression de maïeutique que vous employez, je pense)

    Ce que je sais, c'est que chaque territoire, chaque patient est différent : il s'agit à chaque "incursion" dans ce territoire d'être le plus vigilant et précautionneux possibles : l'objectif est de faire changer, rendre possible, apporter un éclairage différent...

  • franck Marcheix

    Passionnant, bien écrit et intéressant ! Merci pour ce partage !
    J'approuve la position et les questionnements ?
    Continuez...