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Modélisation Symbolique et Clean Language : laisser le cheval gambader

Modélisation Symbolique : pas de « leçon » à donner

Je n’ai rien à inventer, j’ai tout à raconter.

Rien que des mots qui racontent des images, à moins que ce ne soit l’inverse, ou les deux à la fois, je ne sais pas. Séance après séance, au fur et à mesure que l’état de conscience se décale, c’est comme un patchwork décousu de fil, pas toujours blanc, qui, peu à peu, prend d’autres couleurs, d’autres motifs, d’autres tissus, d’autres formes qui se déforment et se reforment. La Modélisation Symbolique peut alors venir s’installer confortablement sur ce patchwork d’émotions capturées dans ces images et ces représentations métaphoriques : il ne s’agit pas de chercher, ni de fuir « le mur beaucoup trop haut, juste là devant moi, qui m’empêche d’avancer » ou « cet étau qui me serre la poitrine ». Il s’agit de les recevoir et de savoir les accueillir. Les accueillir de la meilleure manière possible, avec une table bien mise, et une nappe bien blanche, sans tâches.

Une nappe bien Clean.

Je repense à cette parabole qui dit que si l’on veut mettre des grosses pierres dans un bocal sans le faire déborder, il faut les mettre en premier avant de mettre l’eau. Les métaphores exprimées (verbalement ou non), par les clients, sont très souvent des pierres énormes, pour ne pas dire des rochers et, bien sûr, je ne sais jamais à l’avance si le bocal pourra les contenir ou non. Et même si je ne sais pas non plus quelle est la quantité d’eau qu’il est possible de mettre dans le bocal sans le faire déborder, je me promets juste d’essayer. De jauger à l’œil et au toucher. Et ce faisant, je me plais à penser, que cet accompagnement pourra permettre à ces hommes et ces femmes, de faire quelques pas sur la voie de leur liberté, en toute tranquillité, en toute sécurité. C’est un peu comme si, chaque séance pouvait paver leur chemin, d’une pierre.

Une pierre blanche, de préférence.

Ecrire un article de plus sur la Modélisation symbolique et le Clean Language, qui aurait pour but de donner « une leçon », là où il n’y a que du vécu, des yeux qui brillent, et un cœur qui palpite, relève pour moi de la torture. Une torture, doublée d’une aliénation. Je veux juste écrire par évidence, ici et maintenant, guidé par toutes les parties inconscientes qui se cachent au bout de mes doigts et dans les méandres de mon cerveau. Ecrire sans avoir à supporter le poids d’une restitution académique, forcément asservie par des impératifs pédagogiques, et des exigences d’exhaustivité. Je me moque de savoir où je vais, puisque je sais très bien d’où je pars.

C’est ma façon d’approcher la liberté.

J’ai fait des dizaines de séances, bercées par la Modélisation Symbolique et le Clean Language. Toujours avec la même ardeur, le même plaisir et l’abondance aussi. Abondance des mots à maux qui se bousculent dans cet espace conversationnel. Abondance de ces images qui animent une réalité qui n’est pas toujours celle que l’on croit. Abondance enfin de cette exsanguination émotionnelle, qui jaillit parfois de nulle part, comme ça, sans préavis, ni indemnité, parfois par effraction.

Quelques fractions d’effraction en somme.

Modélisation Symbolique : le marteau et le tournevis cruciforme

Ne pas écrire un article qui aurait pour but de donner une « leçon » sur la Modélisation Symbolique et le Clean Language, ne signifie pas à mes yeux d’auditif, qu’il me faille ne point parler de ses deux notions. Bien sûr que non. Cela signifie juste, que je préempte un certain niveau de créativité dans ma façon d’en parler, préférant me laisser guider par le plaisir d’écrire, faisant, ipso facto, le pari un peu fou, que ce plaisir sera partagé. Une nouvelle résurgence de mon métaprogramme (non encore référencé dans la littérature) Wildien, puisque nous savons tous, que « Il n’y a que les folies que l’on regrette jamais » (Oscar Wilde), n’est-ce pas ?

Hum, je sens qu’on va bien s’entendre.

metaphores dans la tetePar ailleurs (et aussi par ici, d’ailleurs), il y a l’excellent ouvrage co-écrit par James Lawley et Penny Tompkins, intitulé « Des métaphores dans la tête : transformation par la Modélisation Symbolique et le Clean Language » (InterEditions, mai 2012), qui offre une présentation très structurée, progressive et rigoureuse des différentes étapes de la Modélisation Symbolique, et des spécificités du Clean Language (que l’on doit à David Grove).

Et si plutôt que de faire cours, on faisait court, on pourrait se poser immédiatement la question suivante : à quoi ça sert, concrètement, la Modélisation Symbolique ?

Puisqu’il n’y a pas de bonne réponse à une question mal posée, autant prendre le taureau par les cornes, et entrer tout de suite dans l’arène. Dans notre pratique de l’hypnose ericksonienne (au sens large), nous savons en général à quoi servent nos outils : de la même manière qu’un marteau est supposé aider à planter un clou (quel que soit son diamètre, sa tête, sa longueur, etc.), nous savons par exemple qu’une induction par vision périphérique cherche à décaler l’état de conscience du client, notamment en le déconnectant progressivement de son dialogue intérieur (quel que soit son objectif). Si l’on continue à fouiller dans notre boîte à outils, on peut trouver un tournevis cruciforme aimanté de précision, qui ne sera adapté que pour certaines vis cruciformes, de la même manière qu’un protocole de phobie avec double dissociation, aura pour objectif de faire disparaître (dévisser) une phobie bien spécifiée, avec toutes les précautions d’usage.

La Modélisation Symbolique, c’est à la fois le marteau et le tournevis cruciforme.

Vous n’êtes pas plus avancé ? Ah, je m’en doutais un petit peu, pour tout vous dire.

Donc, à la question « A quoi ça sert, concrètement, la Modélisation Symbolique ? », je réponds, en mon âme et conscience (mais sans lever la main droite et sans dire « je le jure »), qu’il s’agit tout simplement d’une approche méthodologique qui permet à un client de « conscientiser » davantage ses propres représentations métaphoriques, associées à un état d’être qu’il souhaite dépasser ou faire évoluer. Cette « prise de conscience » n’est évidemment pas une fin en soi. En effet, savoir que « j’ai la tête sous l’eau » me fait une belle jambe, si… je reste la tête sous l’eau.

Non, bien sûr que non, cette prise de conscience n’est que la première marche sur l’escalier qui permettra de gravir les étapes de l’objectif souhaité. Une fois que le client aura exprimé, sous forme d’expressions métaphoriques, sa réalité, à savoir ce qu’il perçoit, ressent, voit et entend de sa situation présente (et parfois passée), alors il pourra faire évoluer sa perception, en voyageant à l’intérieur de ses propres métaphores, qui vont progressivement se transformer, pour lui permettre de « sortir la tête de l’eau » ou encore « d’aller de l’autre côté du mur » qui faisait obstacle.

Aller de l’autre côté du mur.

La Modélisation Symbolique est donc bien, à la fois, un marteau, compte tenu de son spectre large (quel que soit l’objectif du client, quels que soient ses patterns, etc.), mais également un tournevis cruciforme, eu égard à sa précision, permettant de visser et de dévisser tous les attributs du champ métaphorique d’un client en particulier.

De façon raccourcie (donc par nature réductrice), mais éloquente, me semble-t-il, je dirais que le bien-fondé de la Modélisation Symbolique s’apprécie, dans une perspective dynamique, en observant deux temps.

Dans un premier temps, les représentations métaphoriques qui émergent spontanément, sont l’expression d’une cristallisation (ou encore d’une condensation) d’un complexe émotionnel, produit principalement par les événements (et leur éventuelle récurrence dans l’histoire du client) et les ressentis (ou affects au sens large). Ainsi, plutôt que de se perdre dans un discours descriptif, dans lequel la composante rationnelle risque de damner le pion à l’intensité émotionnelle, le client, pour exprimer un état d’être, peut recourir spontanément ou de façon assistée à une image (métaphore) : « je suis comme une voiture en panne, mon moteur est cassé, mais je ne sais pas comment le réparer », « je suis dans une impasse, j’ai l’impression qu’il n’y a aucune issue », « quoi que je fasse, on me met toujours des bâtons dans les roues », « je suis dans une grande maison froide et vide et à chaque fois que j’ouvre une porte pour sortir, en fait je suis dans une autre pièce, qui elle-même donne dans une autre pièce encore, et ça n’en finit jamais. Je suis prisonnière», « j’ai l’impression d’avoir les deux pieds enfoncés dans du béton, je ne peux absolument pas bouger », «je suis dans une cellule de prison, et le pire c’est que la porte est ouverte, mais j’ai peur de sortir », etc.

Dans un second temps, une fois que le client aura fait évoluer ses perceptions symboliques, accompagné par le praticien qui usera et abusera du Clean Language (voir infra), il aboutira forcément à une nouvelle carte métaphorique qui aura subi des modifications/évolutions positives. De la même manière, cette nouvelle configuration métaphorique préfigurera un nouvel état d’être, et l’on observera alors le lien de causalité inverse. En effet, dans ce second temps, ce sont les métaphores (alors modifiées) qui impacteront la carte émotionnelle du client (alors que dans le premier temps, c’était le vécu du client qui s’était manifesté sous forme de métaphore). Et c’est ainsi que « lorsque le moteur est réparé et que la voiture finit par redémarrer », c’est autre chose qui se joue finalement à l’intérieur, dans la matrice émotionnelle du client. De la même manière, lorsque « une porte permet finalement de trouver la sortie de la maison et de prendre l’air », c’est un vent de liberté qui souffle et qui « fait du bien » au client.
D’aucuns diront que ce n’est pas « réel », et ça tombe plutôt bien, car, comme le disait Jacques Lacan « Ce qui n’est pas venu au jour du symbolique apparaît dans le réel », avant de conclure « Le Réel, c’est l’impossible ».

Bien sûr, tout cela ne se fait pas en un claquement de doigts : il ne s’agit pas d’un tour de magie. Le praticien doit s’astreindre à respecter les 5 étapes de la Modélisation Symbolique, de manière à ne pas mettre la charrue avant les bœufs, ce qui pourrait nuire au processus de transformation du client (vers l’objectif souhaité). Nous n’allons pas ici nous lancer dans un exposé linéaire de ces 5 étapes, puisque notre but, n’est pas de sacrifier le plaisir du verbe et du complément sur l’autel de la technique, fusse-t-elle aussi performante que celle de la Modélisation Symbolique (pour une présentation complète, voir le livre de J. Lawley et P. Tompkins, op. cité). Respecter ces 5 étapes est donc une condition nécessaire mais pas suffisante. En effet, il faut que l’accompagnement, et plus précisément les questions posées par le praticien, en vue de permettre au client d’explorer son paysage métaphorique, soient non polluantes. Autant dire qu’elles doivent être parfaitement Clean.

Clean comme Clean Language.

Clean Language : dispositif anti-pollution

Nous avons tous entendu parler, depuis Coluche, de la lessive qui lave plus blanc que blanc et nous savons tous, que la pollution au sens le plus courant du terme, désigne « la dégradation d’un biotope, par l’introduction, généralement humaine, de substances (chimiques, radioactives, etc.), de déchets (ménagers ou industriels) ou de nuisances diverses (sonores, lumineuses, etc.) ». Autant vous le dire tout de suite, ne comptez pas sur moi, pour discourir du biotope ou des substances radioactives : je n’en ai ni les moyens, ni la motivation. Par contre, je trouve que la notion de nuisance est assez parlante pour éclairer mon propos. En effet, une nuisance sonore peut aboutir à ne plus entendre ce qui se dit, tandis qu’une nuisance lumineuse, peut occulter une partie de ce qui devrait être vu (en particulier, si l’on est aveuglé par une lumière trop vive, comme celle de ses propres représentations mentales, ou à l’inverse si l’on est plongé dans l’obscurité de ce que l’on voit pas ou de ce que l’on n’entend pas).

De la même manière, il est possible de polluer les questions que l’on pose à un client, sans aucune intentionnalité, juste dans la formulation, la reformulation parfois approximative ou encore les mots que l’on ajoute pour orienter la question dans une direction qui nous paraît pertinente. Et cette pollution souvent interprétative (inconsciemment), parfois totalement inopinée, sera de nature à « dégrader » le biotope métaphorique du client, ce qui rendra d’autant plus délicate (parfois impossible) la transformation par la Modélisation Symbolique.

Et c’est là que le Clean Language (formalisé par David Grove), tel le preux Chevalier sur son cheval blanc, fait son apparition. L’idée de base est très simple : il s’agit de polluer le moins possible les questions que l’on pose au client, lorsqu’on l’accompagne dans l’exploration de son paysage métaphorique. Pour ce faire, il faut reprendre systématiquement ses termes (et expressions) mot-à-mot, pour en accuser bonne réception, et n’ajouter finalement que des mots « neutres », principalement des pronoms interrogatifs et des adverbes, pour préciser et localiser les symboles (qui sont dans la métaphore) ou encore pour animer le temps (et faire évoluer les choses). Une présentation partielle, suivie de quelques illustrations Clean (restranscription de séances) et d’exemples de questions polluantes, extraite de mon mémoire de Maître praticien (pages 40 à 44), est proposée en libre-accès sur le site de l’Institut Noesis : http://institut-noesis.fr/index.php/extraits-memoires-praticien-referent .

La bonne utilisation du Clean Language va bien-delà des aspects purement syntaxiques, puisqu’elle repose également sur des qualités vocales (en termes d’harmonisation vocale sur les mots du client, de débit verbal, de rythme ou encore de tonalité), ou encore sur le comportement non verbal, puisque nous savons à quel point les expressions corporelles traduisent souvent une communication inconsciente (autant dire qu’il y a deux niveaux de communication simultanés : un niveau verbal et un niveau comportemental).

Et si là tout de suite, vous bougez légèrement la tête et que vous vous dîtes que tout cela a l’air très appétissant, vous savez un peu comme… un enfant qui regarde un stand de bonbons avec des nounours en guimauve enrobés de chocolat, des fraises Tagada, des petits crocodiles verts et jaune en gélatine…

Alors, en bougeant légèrement la tête, je vous dirais :

« Et comme un enfant qui regarde un stand de bonbons (…). Et quand comme un enfant qui regarde un stand de bonbons (…), c’est comme quoi ? ».

Inutile de résister, la transe a ses raisons que la raison ignore.

Modélisation Symbolique : du possible au pensable

Déjà ? Ah bon, c’est déjà la fin. Bon, ben, je vais laisser les derniers mots se poser et se reposer, en vous remerciant de ne pas avoir dé-Cleaner mon invitation à lire ma prose et finir par vous dire encore bricoles qui me tiennent à cœur, relatives à mon mémoire de Maître praticien (mes mémoires, ce sera pour plus tard…), axé sur la Modélisation Symbolique et le Clean Language.

Dire tout d’abord que je n’aurais jamais pensé dans ma petite tête de linéaire-spécifique-auditif que l’essence (du travail que j’ai mené) pouvait à ce point flirter avec les sens, ou encore que mener une réflexion sur la Modélisation Symbolique est finalement loin d’être symbolique. Par ailleurs, j’ai vu tellement de choses que je croyais entendre, que ce soit ici ou ailleurs, et dans le même temps, j’ai réalisé pleinement que, tout bien considéré…

L’ailleurs est toujours l’ici de quelque part, n’est-ce pas ?

Mais rassurez-vous, je ne vais pas m’en tirer à si bon compte, avec une confusion anguleuse qui vaut trois francs six sous, et qui ne trouverait même pas sa place dans un encadré de L’Hypnose pour les Nuls®. Alors même s’il m’en coûte, plus que de raison, je vais quand même me résoudre à clore cet article. Pour cela, je vais emprunter quelques mots, à Guy de Maupassant, qui nous livre, page 255, de sa nouvelle intitulée Les Sœurs Rondoli (1884), un peu de sa cosmétique émotionnelle, à nulle autre pareille.

« Je ne puis même plus me retrouver auprès des gens que je rencontrais jadis avec plaisir, tant je les connais, tant je sais ce qu’ils vont me dire et ce que je vais répondre, tant j’ai vu le moule de leurs pensées immuables, le pli de leurs raisonnements. Chaque cerveau est comme un cirque, où tourne éternellement un pauvre cheval enfermé. Quels que soient nos efforts, nos détours, nos crochets, la limite est proche et arrondie d’une façon continue, sans saillies imprévues et sans porte sur l’inconnu. Il faut tourner, tourner toujours, par les mêmes idées, les mêmes joies, les mêmes plaisanteries, les mêmes habitudes, les mêmes croyances, les mêmes écœurements (…). ».

Ce faisant, je nourris le secret espoir que l’utilisation de la Modélisation Symbolique et du Clean Language dans la pratique de l’Hypnose (mais également du Coaching et de la Communication), va pouvoir, en toute simplicité, permettre au cheval de s’échapper et de gambader sur la voie lumineuse de sa liberté intérieure, pour faire un merveilleux voyage.

 

Un voyage au pays du possible.

Du possible, anamorphosé en pensable/pansable.

Gilles VOIRIN

13 juillet 2013

 

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